La voiture des joyeux Dimanche à la campagne et les vacances populaires au soleil.

 

En 1936, le Front Populaire avait fait adopter la semaine des 48 heures et 2 semaines de congés annuels payés. Beaucoup de salariés étaient alors partis en vacances pour la première fois de leur vie. 

Pour eux, le rapport aux conseils économiques avait demandé une voiture simple, robuste et peu coûteuse mais la guerre avait ouvert sa triste parenthèse. 

La paix retrouvée, les acquis sociaux  se consolident, s’amplifient même. En 1955, Renault est le premier à adopter la troisième semaine de congés payés. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. 

Le monde du travail appelle de ses vœux l’automobile tant attendue, une voiture familiale, peu chère et facile à entretenir.

   

En 1950, l’essence est enfin en vente libre,

 la 4 CV Renault est un succès, la régie en a déjà vendu plus de 80.000 exemplaires.

  Partie un an plus tard et non sans difficulté la 2CV est bien loin derrière. De toute façon, Boulanger n’a jamais envisagé de dépasser la cadence de 100 voitures par jour. Les listes d’inscriptions pour les achats de 2Cv s’allongent démesurément. On cite des cas de revente au marché noir. En 1951 malgré l’apparition des modèles fourgonnettes la production n’a pas dépassé 16.000 voitures, mais les choses vont changer.

Le 11 novembre 1950, Pierre Boulanger trouve la mort dans un accident de la route. Ses successeurs, Robert Puiseux et Pierre Bercot vont assouplir sa doctrine. Le moteur 425 cm3 vient seconder le 375 cm3, une couleur bleu glacier s’ajoute au gris des origines.

Les cadences augmentent, 48.000 en 1953, 105.000 en 1955, 210.000 en 1960    

Les successeurs : Puiseux, Bercot

Cogérant de Michelin avec Pierre Boulanger, Robert Puiseux est appelé à lui succéder à la tête de Citroën en 1950. Né à Paris en 1892 dans une famille d’astronomes, Robert Puiseux préparait Polytechnique quand la guerre de 1914-1918 interrompit ses études. La paix revenue, il épousa Anne Michelin, la troisième fille d’Édouard, dont il eut neuf enfants. Entré dans la firme de Clermont-Ferrand, il en fit comme c’est l’habitude l’apprentissage à tous les niveaux avant d’en devenir, en 1938, l’un des gérants. Il poursuivra les tâches entreprises par Pierre Boulanger et Pierre Michelin, en particulier la création de la DS 19. Il partageait son temps entre Javel et Clermont-Ferrand mais se reposa de plus en plus sur Pierre Bercot et Antoine Brueder en ce qui concerne la direction de Citroën qu’il abandonnera en 1958. Président d’honneur de Citroën, il vivra 99 ans.

Pierre Bercot, quand il devint président-directeur général de Citroën en 1958, en était donc déjà le patron effectif depuis quelques années.

D’origine bretonne, né à Paris en 1903, il était docteur en droit et diplômé des langues orientales (grec ancien et moderne).

Entré en 1937 chez Michelin, il fut appelé par Boulanger chez Citroën où il s’occupa notamment de l’étude des prix de revient (en particulier ceux de la 2 CV). Très vite, il voit croître les responsabilités qui lui sont confiées. En 1944, il est arrêté par la Gestapo et emprisonné à Fresnes pour avoir détourné, avec l’appui des résistants de la SNCF, un convoi transportant les grosses presses de l’usine Citroën de Saint-Ouen réquisitionnées par les Allemands pour l’emboutissage des fusées V2 (le convoi se promènera à travers toute la France avant d’être retrouvé à la Libération).

En 1950, Puiseux prend Bercot comme adjoint à la direction générale où il va se trouver confronté à un grand nombre de problèmes successifs : lancement de la DS, augmentation de la production, diversification des modèles, décentralisation des unités de fabrication, rapprochement avec d’autres marques, restructuration du groupe Citroën, dont il demeure président jusqu’en 1970. Nommé lui aussi président d’honneur, il meurt à Paris en 1991.